L’interview d’Olivier Lavielle, une vision artistique de l’aviation

Henri Borie

Hello les AvGeeks,
Chose promise, chose due ! Suite à l’interview de Pol BACQUET spotter à CDG, c’est avec une immense joie que l’on reçoit ce mois-ci Olivier LAVIELLE pour une interview haute en couleurs. Photographe reconnu, ce trentenaire passionné par les avions et le cinéma ne conçoit pas son existence sans un scénario détonnant. Il traite les avions avec respect et n’hésite pas à élever l’Aviation au rang de 8ème Art. Il expose et vend ses photos dans une vingtaine de pays à travers le monde via la Maison d’Edition Yellow Korner. Il a accepté de répondre à nos questions.

Rencontre & échanges passionnants avec un AvGeek pure souche. Moteur, ça tourne !

Olivier Lavielle Photography Aviation

Olivier, vous êtes photographe passionné par l’Aviation. Pouvez-vous nous en dire plus ? L’origine de votre activité, son développement…

C’est un concours de circonstance assez heureux au final ! Je suis passionné d’aventures, de voyages et d’Aviation depuis toujours. C’était en Californie il y a plusieurs années. Je me souviens d’un rendez-vous avec un autre aventurier pour faire voler un Fouga Magister. Ce que j’aime cet avion ! C’était un matin d’hiver, les conditions se dégradaient très vite. Nous n’avions pas volé plus de 40 minutes. En retrouvant la terre ferme, un peu frustré,  je suis tombé nez à nez avec un DC3, fermement arrimé au sol, attendant la tempête en devenir. J’avais du temps, un appareil photo, j’ai shooté.

C’est un tel plaisir quand votre passion vous ouvre les portes d’un nouveau monde.

Quelques heures plus tard, coincé par la neige, j’ai garé mon 4×4 devant un Denny’s pour manger et passer la nuit. C’est là que j’ai développé mes photos de la journée. Plutôt content de moi, je les ai partagées avec mes proches via mon site internet. Peu de temps après, l’un des fondateurs de la Maison d’Édition Yellow Korner m’a contacté et m’a proposé de m’exposer… C’est un tel plaisir quand votre passion vous ouvre les portes d’un nouveau monde. Je venais de devenir photographe professionnel.

Poussé par les milliers de clients qui me font tous les jours l’honneur d’apprécier mon travail, j’ai continué, tout autant par plaisir de la photo (c’est mon activité principale aujourd’hui) que par la passion viscérale de l’aviation.

Desert Storm Olivier Lavielle AvGeek
Desert Storm – Copyright Olivier Lavielle

Etes-vous un AvGeek (Aviation Geek) ? Comment définiriez-vous ce terme ?

Sans aucun doute !!! Je suis un collectionneur compulsif, un admirateur enfantin ! Je récupère des pièces d’avions à chaque fois que cela m’est possible! Ma dernière trouvaille au milieu du Vietnam, un manche complet de MIG17… avec une bonne partie de son tableau de bord.

Je bois mon café dans des tasses de la TWA et mange avec des couverts de la Pan Am !

Mais ma passion ne s’arrête pas à l’aviation connue ! Elle déborde sur l’aviation du futur et même de science fiction. Je suis un grand fan de Star Wars et Star Trek. J’ai des maquettes et des droïdes plein la maison ! La devise de Starfleet trône fièrement sur le mur de mon entrée! Vous savez :  « Space, the final Frontier… » Parce que l’aviation a fait voler en éclat les frontières de cette planète pour réunir les peuples, la prochaine frontière à effacer est celle de l’espace ! Alors AvGeek ou pas ?

Fantastic - Olivier Lavielle
Fantastic – Copyright Olivier Lavielle

Aviation & Photographie, quelle est votre vision de ce duo étonnant ?

Dans tout mon travail de photographe, je n’ai qu’un seul but, un seul moteur : apporter à d’autres ce dont je suis témoin ici. La photo est un témoignage. Je travaille de manière un peu classique je dirais. Je ne cherche pas à créer le moment de toutes pièces. Je suis un contemplateur, et mon appareil traduit ma vision, ni plus ni moins. Mes photos sont le reflet exact de ce que je vois, le reflet d’un véritable moment qui a existé. Par ailleurs, je ne vis pas dans cet espace temps, je vis dans un passé glorieux fait d’aventures et de courage, de héros et de merveilleuses machines.

[…] mes cadres, bien souvent, ne laissent voir que la machine et le ciel. Car c’est là que les avions et leurs histoires vivent. Dans le ciel.

Tout le monde est capable d’aller à un meeting voir de beaux avions. Mais tout le monde est-il capable de considérer ces machines comme le témoignage encore vivant d’une épopée merveilleuse? Mon plaisir de photographe c’est de mettre en valeur l’héroïsme de l’aviation. De faire, peut-être, se souvenir aux gens que l’humanité est une force d’exploration! Rien n’a mieux porté toutes ces valeurs que la marine et l’aviation. Le dépassement, l’aventure, l’humanité simplement. Alors j’essaie de voir chacune de mes photos comme un témoignage, un hommage à ce qui fût, une incitation à ressusciter l’envie d’aller plus loin.

Mais il y a aussi le respect. L’infinie reconnaissance. Quand je fige un B17 dans son instant, c’est bien sûr la très virile beauté de la machine que je fige, mais aussi et surtout le souvenir de ceux qui sont tombés du ciel pour que je puisse être Français.

Voilà à quoi me sert la photo, à partager cette vision, et peut être à susciter l’envie de préserver cette histoire, au lieu de vouloir à tout prix la reléguer dans de tristes musées ou de vieux hangars humides. C’est aussi pour ça que mes cadres, bien souvent, ne laissent voir que la machine et le ciel. Car c’est là que les avions et leurs histoires vivent. Dans le ciel.

Olivier-Lavielle-Howard-Hughes
Howard Hughes – Copyright Olivier Lavielle

Décrivez-nous l’univers que vous avez façonné à travers votre travail ? Vos inspirations, vos astuces, vos coups de coeurs ?

Mon univers est très intime mais aussi très cinématographique. Il n’y a pas de lien direct entre les deux ou de démarche artistique mystérieuse. J’aime ce que je photographie, et j’aime le cinema et la façon qu’il a de rendre les choses belles. C’est assez naturellement que j’ai décidé de travailler mes photos comme on travaille un film. Des formats 16/9 ou cinemascope, des couleurs qui rappellent les vieux films. Par contre les couleurs, elles, sont étudiées. Elles sont uniques à chaque sujet, elles sont créées afin de replonger l’appareil dans son époque glorieuse.

J’aime ce que je photographie, et j’aime le cinema et la façon qu’il a de rendre les choses belles. C’est assez naturellement que j’ai décidé de travailler mes photos comme on travaille un film. […] Je vis dans une histoire que je dirige moi même.

Il faut comprendre que l’appareil photo est un objet merveilleux. La seule machine, à ce jour, capable de lire avec précision ce que vous avez dans la tête. Pour ma part je vis dans un film. Pas comme un personnage, mais plus comme un réalisateur. Je vis dans une histoire que je dirige moi-même. Telle est mon astuce! Je regarde le monde comme un réalisateur regarde se construire son film! Et mes héros sont les incroyables oeuvres d’art volantes que d’autres appellent avions.

Mon coup de coeur reste et restera le DC3. C’est mon héro préféré. Petit avion plein de courage, il a libéré l’Europe sans porter une arme. Non content d’avoir libéré les peuples, à la fin de la guerre, il les as réunis… Il est et restera un symbole de paix.

Olivier Lavielle Photography AvGeek
Buck Danny – Copyright Olivier Lavielle

Quel matériel utilisez-vous ?

J’ai plusieurs appareils évidemment. J’ai longtemps travaillé au reflex. Mais c’est lourd, cher, encombrant. J’ai vite compris que l’important dans la photo était de pouvoir en prendre! Alors j’ai opté pour des boitiers plus pratiques et plus efficaces à bien des titres. Je travaille aujourd’hui exclusivement avec du 4/3 Lumix. Beaucoup de focales fixes de chez Leica avec une préférence pour le 24mm et le 85mm.

Une anecdote à nous faire partager ?

Le milieu de l’aviation est un vivier d’aventuriers et d’anecdotes ! Il est toujours difficile d’en trouver une mieux qu’une autre.

La plus belle chose qui puisse arriver à un AvGeek, c’est bien sûr d’être invité à voler !

La plus belle chose qui puisse arriver à un AvGeek, c’est bien sûr d’être invité à voler ! Un jour, alors que je poursuivait un B17 en moto à travers Phoenix, j’ai eu l’immense plaisir de me retrouver à la porte de son hangar de maintenance face à un vétéran de la Seconde Guerre Mondiale. J’ai été profondément touché d’apprendre que ce Monsieur avait servi en Europe à bord de ce même avion. Ce vétéran s’est battu pour préserver son fidèle compagnon qui est aujourd’hui piloté par ses petits enfants. J’ai remercié ce Monsieur du fond du coeur, au nom de tous les miens, pour son sacrifice et celui de ses camarades. Je lui ai ensuite montré mon passeport pour qu’il puisse y voir inscrit dessus “République Française”, quelque mots qui existent encore grâce à lui et sa formidable et élégante machine. Touché par ce sincère et très ému témoignage, ce vieux monsieur m’a invité à monter à bord pour un dernier test moteur de 30 minutes au dessus du désert d’Arizona dans lequel ce vaillant B17 à bien failli mourir sans que personne ne se souvienne de son courage. Un souvenir éternel.

Olivier Lavielle Photography - Full Metal Jacket
Full Metal Jacket – Copyright Olivier Lavielle

Est-ce que l’explosion du digital a changé la vision de votre passion ? Si oui, de quelle façon ?

En terme de photographie pure, oui sans aucun doute! Le digital a mis à la portée de tous l’art photographique ! C’est une chose merveilleuse! Cela a permis l’émergence de grands talents qui n’auraient pu s’exprimer avant ! La démocratisation de l’outil est une chance qui fait grandir l’art en le rendant plus qualitatif!

Quel regard portez-vous sur l’utilisation des réseaux sociaux dans le cadre de votre métier ?

Voilà une merveilleuse chance pour l’art ! L’art n’est Art que quand il est offert au regard du public. Si vous créez quoi que ce soit, et que vous le gardez pour vous, ça ne sera jamais de l’art, sauf à attendre que vos héritiers le sorte du grenier. Les réseaux sociaux permettent à tous de s’exposer, là ou une exposition en galerie était réservée à une élite bien souvent cooptée. L’ouverture à tous de l’art est une source inépuisable d’inspiration.

Les réseaux sociaux c’est le retour de ce que l’on appelait la Bohème! L’Art pour l’Art et le plaisir du partage!

Parlons franchement, bien des artistes ont surfé trop longtemps sur le fait qu’ils étaient seuls tout en bloquant l’accès à ceux qui n’étaient pas du sérail. Et l’art avait commencé à manquer cruellement d’imagination. Les réseaux sociaux c’est le retour de ce que l’on appelait la Bohème! L’art pour l’art et le plaisir du partage!

 Propeller For A Dream Olivier Lavielle
Propeller For A Dream -Copyright Olivier Lavielle

Portrait chinois :

Si vous étiez un avion, ça serait lequel ?

Le DC3 bien sûr!

Si vous étiez un aéroport, ça serait lequel ?

Los Angeles – LAX sans aucun doute. Les Palmiers, la vue sur le Pacifique, l’oeil bienveillant d’Hollywood sur les hauteurs, un ciel bleu profond pouvant s’enflammer de toutes les teintes possibles quand le soleil part se lever en Asie…. La Californie… Le nom même sonne comme une promesse de plénitude.

Plutôt Airbus ou Boeing ?

Boeing sans l’ombre d’un doute. L’aviation ne peut aller sans les pilotes. Airbus croit le contraire et c’est une chose qui tue le rêve selon moi.

Si vous étiez le comble de l’aviation ?

Je serais un avion sans pilote.

Si vous étiez une oeuvre cinématographique ?

TOP GUN sans hésiter. Avec les têtes brûlées, voilà deux oeuvres visuelles qui ont porté haut les valeurs de courage et d’honneur que porte l’aviation. (Sans oublier Memphis Belle que je mettrais à égalité avec Top Gun).

Si vous étiez une destination rêvée ?

Je ne vis que pour retourner sans cesse à Bora Bora… C’est là que j’espère finir ma vie.

Quelles sont vos objectifs, vos envies pour 2017 ?

2017 sera une année d’aventure.
Beaucoup d’avions parce que je ne saurai m’en passer. Si des gens me lisent et ont de vieilles machines héroïques, contactez moi ! Je serai heureux de vous offrir une des photos contre un peu de votre temps !
Un reportage en Afrique, un autre en Alaska. J’espère beaucoup d’autres choses! On ne peut pas aimer l’Aviation sans aimer parcourir sa planète.

Question de l’invité précédent : Quel est, selon vous, l’avenir de l’aviation ?

Malheureusement, l’aviation ne déroge pas aux logiques financières sans âme. Quand on voit ce que des actionnaires adoubés par un gouvernement sans scrupules font subir à la compagnie Air France, dans le total irrespect de son histoire, du courage et de l’abnégation de ceux qui l’ont faite et la font encore, je suis triste. Quand je vois ce que la France fait de l’aviation, je suis triste.

Il est regrettable de voir un magnifique B17 au hangar à la Ferté parce que la réglementation en a décidé ainsi. Il est triste de constater que l’aviation, c’est là, en France, qu’elle est née mais que c’est aux USA qu’on la respecte encore. L’avenir et donc au avions sans pilote, sans charme et sans âme.

Mais pour finir sur une note positive, il viendra un temps où la machine va repartir. Ce temps sera celui de la conquête spatiale. J’angoisse de ne pouvoir voir ça un jour. Je serai fier le jour où le courage des astronautes des missions Apollo et Spoutnik sera honoré à la hauteur de sa véritable valeur ! Le jour où leur héritage aura suffisamment porté ses fruit pour que l’humanité soit enfin capable de repousser plus loin ses propres frontières. Alors l’Aviation sera de retour et pourra de nouveau exister pour ce qu’elle sait faire de mieux : écrire les pages héroïques de l’Histoire de l’Homme. Après avoir unis les peuple de la terre, peut être unira-t-elle les peuples de la galaxie ! (Oui j’espère que nous ne sommes pas les seuls idiots à tourner en rond dans l’univers!).

Quelle question poseriez-vous à l’invité suivant ?

Peut-on encore sauver l’Aviation en France?

image dessin Avion Avgeek

Pour plus d’informations sur l’univers d’Olivier Lavielle, faites un tour sur son site internet.

Si cette interview d’Olivier Lavielle vous inspire, partagez-là ! 😉

Bon vol les AvGeeks !
La Rédac’

La Chronique d’Olivier Lavielle :


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1 Commentaire

  1. 13 mars 2017 at 14 h 36 min — Répondre

    Super article , on se retrouve projeté dans un très bel univers côtoyant Blériot , Mermoz et Saint Ex’ et c’est très plaisant !

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